Témoignage de Myriam Rouve aumônier hospitalier au CHI Lys-Hyrôme.
Bonjour à tous,
Je suis Myriam, mariée à Emmanuel depuis 20 ans, maman de 2 adolescents, aumônier hospitalier au CHI Lys-Hyrôme et officiant de funérailles pour la paroisse Notre-Dame St-Pierre de Cholet.
Lorsque j’ai préparé ce témoignage, j’étais un peu perdue honnêtement ; donc j’ai lu les textes du jour. Là, l’inspiration est venue par la Parole, quand j’ai lu ce verset d’Isaïe : « Si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi ».
Là ça m’a parlé et j’ai rendu grâce car en écrivant ce témoignage j’ai refait mémoire du chemin parcouru depuis l’appel au service de l’Église en août 2025 et c’est ce début de chemin de service que j’aimerais vous partager.
Car en plus, ce verset, c’est exactement ce que je suis en train d’apprendre à vivre, avec les bénévoles et avec les malades, et aussi les familles en deuil.
Si l’Esprit de Dieu habite en nous, ce n’est pas seulement pour éclairer notre conscience.
C’est aussi pour mettre en lumière ce que nous avons du mal à regarder en nous : nos fragilités, nos zones d’ombre, ce qui nous fait honte, ce qui nous fait peur, ce qui nous fait mal. Et le Seigneur nous transforme à travers la vie partagée, au contact des autres, dans ce que nous traversons ensemble.
Cette transformation, nous la vivons tous dans notre vie spirituelle. Nous ne sommes pas faits que de lumière.
Nous portons aussi des blessures, des limites, parfois de l’orgueil, parfois beaucoup de fatigue intérieure.
Pour ma part, le Seigneur m’a donné, presque du jour au lendemain, des grâces très concrètes : une vie de prière quotidienne, une soif de l’Eucharistie, et l’élan de me mettre en marche à son service.
Il m’a aussi demandé d’accepter que je ne suis pas parfaite. Moi qui ai longtemps voulu plaire, réussir, bien faire,
j’ai appris que ce n’était pas grave de ne pas être à la hauteur. Parce que je suis aimée. Et que nous sommes aimés.
J’ai compris que mes zones d’ombre ne devait pas me faire honte ni me faire peur, que les accusations ne devaient pas me décourager, que la souffrance du cœur ne devait ni être niée, ni devenir la seule voix à écouter.
Mais que la bonne voie, c’est celle de la lumière de l’espérance, de la foi et de la charité.
Dans la mission, le Seigneur me demande d’aller visiter les malades.
Mais en vérité, bien souvent, c’est moi qui suis l’âme malade à qui il ressuscite le cœur, pour que mon cœur de pierre devienne un cœur de chair. Maintenant, pour moi, c’est l’heure difficile de la circoncision, c’est à dire de continuer à marcher avec lui sans consolation.
Et chaque matin, j’essaie du mieux que je peux, avec ma volonté de femme de 48 ans, de lui dire simplement : « Oui, Seigneur ». Je découvre que c’est Lui qui me soigne, qui me relève, qui me rappelle ma dignité, même quand je traverse des situations difficiles ou que je ne comprends pas tout dans les choses folles qu’il me fait traverser.
Dire oui au Seigneur, j’ai compris que ce n’est pas une fois pour toutes.
C’est tous les matins, tous les midis et tous les soirs. Encore et encore. C’est accepter de ne pas tout maîtriser, d’être vulnérable parfois, et pourtant de se lever et d’avancer.
Au début de l’appel, je suis aussi tombée dans ce piège, assez connu : celui de la valorisation, de l’ego, de la joie d’être « choisie ». Mais le Seigneur m’a vite appris que sans Lui, je ne tiendrais pas longtemps. Sans la foi, sans sa Parole, sans l’Eucharistie, sans mes frères et sœurs, sans mes bénévoles de l’aumônerie, je tomberais.
J’ai aussi appris, dans le service, à recevoir. Recevoir un merci, un sourire, une parole de gratitude.
Ce n’est pas toujours facile pour moi d’arriver à recevoir. Mais j’ai compris que Dieu passe aussi par les autres pour nous aimer et nous consoler.
Il faut rester vigilant à ne pas chercher cette reconnaissance pour elle-même, mais ne pas la refuser non plus quand elle est donnée car c’est un don. Et c’est aussi dire à l’autre, j’accepte ton amour, donc j’accepte aussi de t’aimer.
Voilà l’école dans laquelle je suis entrée par le service : apprendre à vivre selon l’Esprit, jour après jour, dans le chemin de l’Amour vrai. Une mission qui commence d’abord chez moi, dans le don pour mon mari et ma famille, avant d’être à l’hôpital ou auprès des familles en deuil.
Mon chemin est le mien. Le Seigneur nous fait tous uniques.
Mais ce que je peux témoigner aujourd’hui, c’est ceci : je vois que notre simple présence, notre écoute, celle des bénévoles et la mienne, vient réellement combler le désir profond de ceux qui souffrent qui est de recevoir le Seigneur Jésus.
Et même quand je suis fatiguée, blessée ou dans le doute, la parole donnée à Isaïe s’accomplit encore :
« Dieu fait de mon obscurité une lumière pour le pauvre qui souffre. »
Merci pour votre écoute.